Trois Questions A : Alura Bouvier

Au sein de "l’Etat le plus francophone des Etats-Unis", la francophonie prend une infinité de formes. Nous avons lancé la série "Trois Questions à", dans le but d’explorer la richesse et la vitalité de cette identité.

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Présentation

Je m’appelle Alura Bouvier. Je suis Américaine, mais j’ai vécu presque dix ans en France où j’ai eu la possibilité de faire ma licence et mon master en études cinématographiques. J’ai déménagé en Louisiane il y a trois ans et demi, car j’ai une partie de ma famille qui habite ici. Ma mère est acadienne et est née à La Nouvelle-Orléans. Quand j’étais en train de terminer mes études en France, elle m’a dit « tu sais Alura, il y a une bonne industrie cinématographique en Louisiane ! ». J’ai décidé que c’était le bon moment d’y aller, de tester un peu l’industrie régionale et de retrouver la famille de ma mère que je n’avais jamais vraiment eu l’occasion de connaître. J’étais curieuse aussi. J’ai eu une telle envie de mieux savoir ce que c’était la production cinématographique ici !

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Le fait qu’on parle français en Louisiane m’a aussi attiré. Au cours de ces trois dernières années, toute la communauté française m’a vraiment accueilli très chaleureusement. Tous mes amis sont soit des Français, soit des gens qui travaillent dans le cinéma.

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Alura directing actors on the set of CLEO & CLEMENT in Paris

Vous avez votre propre maison de production ici en Louisiane, Cristallin Cinéma, qui est dédiée à la production de films francophones en Louisiane. Pourquoi l’avoir créée ?

Elle existe depuis décembre 2017. Depuis que je fais partie de la communauté des cinéastes en Louisiane, j’ai remarqué qu’il manquait un cinéma vraiment propre à la culture louisianaise. L’industrie régionale a un petit souci, on n’est pas indépendant. On a besoin de productions qui viennent d’ailleurs, de Hollywood ou même plus loin. Ce qui manque en fait, c’est une production qui se focalise sur à la culture louisianaise, qui parle de l’histoire de la région, de l’environnement, des bayous, de la musique, etc. Donc j’ai décidé, grâce à mon lien avec l’industrie cinématographique ici et mes amis francophones de créer Cristallin Cinéma. Je veux mettre en valeur ce mélange parfait de ce qui est français et ce qui est américain, dont le mariage nous donne la culture louisianaise. Jusqu’à ce point-là, j’ai bien remarqué qu’en fait tous les films qui ont été produits ici était surtout des documentaires. Pas du tout des films de fiction qui mettent en valeur cette belle culture ce mélange de cultures. J’ai actuellement deux récits qui mélangent l’histoire des tribus indigènes de la région avec un autre récit qui est assez moderne.

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Je me suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose qui manque ici, qu’il y a un trou dans l’industrie régionale. A mon avis, je réponds à un vrai besoin en produisant des films de fiction qui montrent le cœur de la culture louisianaise.

Quel est votre public idéal ?

Comme cinéaste on pense toujours à la distribution. Où est le marché, où est-ce qu’on va le vendre… Pour moi le plus grand intérêt serait dans les pays francophones, en France et ailleurs. En Louisiane il y a toute une communauté d’Américains qui ne parlent pas le français, mais qui s’intéressent beaucoup à la culture de leur Etat. On vient de fêter le tricentenaire de La Nouvelle-Orléans, donc les Louisianais sont vraiment en train en réfléchir à leurs origines.

En France, le CNC (Centre National du Cinéma et de l’Image Animée) est pour moi un vrai trésor. Ils sont vraiment un soutien énorme pour les étudiants et pour les cinéastes qui veulent mettre en valeur la francophonie hors de la France. Donc on va certainement présenter nos dossiers au CNC. On va aussi aller à la recherche des coproducteurs en France.

Comment les projets artistiques comme le cinéma, aident-ils à valoriser la culture francophone en Louisiane ?

Ici, j’ai trouvé une richesse qui n’existe pas ailleurs. Moi-même, avant d’arriver je ne savais presque rien sur les origines de la langue et la culture locale. C’est ce qui constitue désormais mon sujet principal. Le cinéma est une transmission des cultures et des histoires qui pourraient disparaitre. On n’enseigne pas tout à l’école. J’ai croisé des individus en Louisiane qui n’ont jamais entendu parler des indiens francophones, comme par exemple les Houmas. Leur relation avec les Français, qui ont occupé leur région ici en Louisiane, est fascinante. Les Français ont transmis non seulement leur religion mais aussi la langue.

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Ce contrat de communication et de partage est en train de se perdre. La mission que je me suis donnée est d’éviter cela. Mais, comme je ne suis pas documentariste, j’utilise la fiction pour donner une voix à ces histoires qui sinon resteraient muettes et qui font partie du patrimoine immatériel de la Louisiane. Le nom Cristallin Cinéma est pareil dans les deux langues, et connote la transparence qui donne de la lumière, qui met en valeur ce qui est à l’ombre. C’est exactement ça le cinéma pour moi, raconter les histoires qui sans le cinéma seraient oubliées.

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Alura with Director of Photography, Matt S. Bell, on-set of LE GRAND REMIX in New Orleans

Dernière modification : 06/09/2018

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